Wednesday, January 6, 2016

Per fas et nefas, il y aura des élections, s’entendent l’exécutif et le CEP

Au pays du réalisme merveilleux et d’Albert Buron, aucun miracle n’est impossible. Lundi, les délais étaient trop courts pour mener à bien les élections dans le respect des échéances constitutionnelles si on les tenait le 17 janvier 2016, avait écrit le Conseil électoral au président de la République. Mardi, après un huis clos productif, les deux parties s’entendent : on repousse le scrutin d’une semaine, on le programme pour le 24 janvier et on sera dans les temps pour que tout se passe à temps, a écrit le même signataire de la lettre de la veille.

Il faut dire qu’entre-temps, les grands amis d’Haïti ont montré leurs crocs. Pas question de leur faire perdre la face, pouvait-on lire entre les lignes dans les communiqués du Core Group et de l’Union européenne. Ils ont misé gros. Les élections ne peuvent qu’aboutir. Les yeux fermés. Les oreilles bouchées. Au forceps, s’il le faut. Sans les Haïtiens, si nécessaire. Mais on y va.

La présidence comme les membres du Conseil électoral ont vu ces dernières heures le spectre grimaçant de la débâcle d’une machine bien huilée qui réalise ce qu’ils présentent comme les meilleures élections jamais tenues dans le pays. Alors, pour ne pas faire mentir de si belles déclarations, le pouvoir exécutif et le pouvoir électoral ont décidé de se serrer les coudes et de la jouer jusqu’au bout. Il y aura donc des élections per fas et nefas, comme disait si bien un ministre de l’Intérieur fort compétent en organisation de scrutin du temps de Jean-Claude Duvalier.

Bien entendu, les élections demeurent la moins périlleuse des façons de changer de gouvernement en Haïti. On s’en rend compte à chaque fois que l’on prend des chemins de traverse en flirtant avec les coups d’État, de force ou les transitions improvisées. Mais est-ce une raison de tout faire de travers et dans la précipitation comme cela se vit depuis le 9 août et s’annonce pour les jours à venir ?

L’incertitude est la seule certitude en Haïti ces temps-ci. Nous avons été rarement aussi près du recours à la violence pour imposer un choix politique depuis dix ans. Car, ne nous leurrons pas, si cela ne passe pas en douceur comme tout le laisse prévoir, la communauté internationale et le président Michel Martelly devront imposer leur solution en noyant les contestations.


Alors que tout indique que les recommandations de la Commission d’évaluation électorale indépendante s’éteignent lentement, les résultats des législatives ont été publiés mardi soir. L’arrêté convoquant le peuple dans ses comices est en écriture. Deux ou trois mesures cosmétiques pour laver les laideurs du CEP sont en couture. Les bien informés, ceux qui savent que tout arrive n’importe quand au pays d’Albert Buron et du réalisme merveilleux, vont se taper un beau roman ces prochains jours, en attendant l'apothéose le 7 février, jour qui coïncide avec le premier jour gras et l'intronisation du prochain président de la République. 

Source :  Le Nouvelliste 
Frantz Duval duval@lenouvelliste.com

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