Friday, January 8, 2016

ADRESSE À LA NATION DE MIRLANDE MANIGAT

Mirlande MANIGAT
Secrétaire Générale du RDNP`

ADRESSE A LA NATION

Mes chers compatriotes,

Mirlande Manigat
Secrétaire Générale du RDNP
A l’aube de cette nouvelle année, j’aurais aimé m’adresser à vous en exprimant des vœux traditionnels généralement figés dans la trilogie sereine et rassurante: Santé, Paix, Prospérité.

L’état lamentable de  notre pays n’incite cependant pas à se réfugier derrière ces mots simples chargés de sincérité. Il s’agit plutôt de se pencher sur les causes de ce délabrement que quiconque peut observer et commenter, et chercher les solutions adéquates pour réduire cette désespérance qui nous accable. Haiti n’est  plus la perle des Antilles tant vantée par nos poètes et nos écrivains, célébrée par  les touristes qui nous visitent. Dans son état actuel, elle ressemble plutôt à une terre triste et abandonnée, exposée à la compassion des uns et aux moqueries des autres.

En ce début d’année, nous devrions nous préparer à des changements dans le personnel politique et l’administration. Le chronogramme prévu par la Constitution inclut, en effet, des élections régulières qui auraient du se tenir depuis trois ou quatre ans pour les Casecs, les Asecs, les Conseils municipaux, depuis deux ans pour les deux-tiers du Sénat, et un an pour la Chambre des Députés. Or, les négligences, voire l’indifférence coupable de ceux qui, pour notre malheur, nous gouvernent encore, et la complicité de la communauté internationale, placent le pays dans une situation de dangereuse désolation institutionnelle dans laquelle, les dates et les échéances n’ont plus leur sens. En 2015, enfin, des élections devaient être organisées. Elles ont été annoncées à grand renfort de publicité, et normalement, nous aurions du avoir l’installation des membres des Collectivités territoriales, l’inauguration de la 50ème Législature le 11 janvier et le remplacement  du  chef de l’Exécutif le 7 février, selon les prescrits de  la Constitution. Malheureusement, entre le 9 août et le 25 octobre, nous avons assisté à des mascarades d’élections, truffées de fraudes et de manipulations, au point que seuls les tenants du pouvoir et certains membres de la communauté internationale qui n’auraient pas accepté, chez eux, le centième des turpitudes enregistrées ici et sur lesquelles ils jettent un voile pudique, à peine gêné, continuent à nier l’évidence d’un vaste brigandage à étapes variées et voudraient nous faire avaler ces résultats calamiteux. La nation se trouve maintenant placée au bord d’un abime et la lucidité et le patriotisme  commandent aux citoyens d’élever la voix en un tonitruant NON POSUMUS. Nous ne pouvons pas accepter cet avatar d’exercice démocratique.

C’est la raison pour laquelle, il y a huit mois, dans une Adresse à la nation, j’avais alerté l’opinion sur l’incapacité de ce Conseil Electoral,  le 16ème provisoire depuis 1987, de conduire des élections techniquement fiables et politiquement acceptables. Je ne me prenais pas pour une prophétesse ni pour une Cassandre des temps modernes annonciatrice de catastrophes. Je souhaitais tout simplement partager avec la nation les résultats d’une analyse lucide de  la situation, tout en mettant en garde contre les illusions partagées par divers secteurs désireux de s’engager coûte que coûte dans la compétition électorale attendue depuis quatre ans, et par la communauté internationale pressée d’en finir avec le « cas Haiti » pour sauvegarder son image et s’accorder sur notre dos un succès facile .

Je proposais la mise en œuvre d’un Gouvernement de transition dont la tâche essentielle serait de remettre le pays sur les rails de l’état de droit, de la compétence et de l’honnêteté, et d’ouvrir la voie vers un renouveau apuré des miasmes actuels de gabegie, de corruption. J’avais insisté sur la nécessité pour ceux qui participeraient à cette œuvre de rédemption de prendre l’engagement de ne pas se porter eux-mêmes candidats aux élections qui devront être organisées sur des bases sérieuses garantissant des résultats acceptables pour être acceptés. Élémentaire question de morale politique.

Dans une deuxième adresse, un mois plus tard, j’avais annoncé le retrait de ma candidature à la Présidence, mais j’avais aussi souligné que je ne renonçais pas pour autant à mes activités politiques car je me tenais en réserve de la République. Cette affirmation avait suscité pas mal de commentaires et on m’avait attribué des intentions, des contacts, des négociations et des engagements qui m’avaient stupéfiée et, dans une certaine mesure, inquiétée, car ils ne correspondaient pas à mes desseins. Je me suis appliquée à apaiser les inquiétudes des uns et les espérances des autres, et surtout à garder une indispensable sérénité au milieu de ce tam-tam que ce membre de  phrase avait involontairement soulevé.

Au moment de la grave crise avec la République Dominicaine lors de l’expulsion de nos compatriotes, j’avais sollicité des candidats à la Présidence qu’ils fassent une trêve et qu’ensemble ils se penchent sur l’élaboration d’une position commune. J’avais estimé que lorsque l’on aspire à occuper la plus haute fonction de l’Etat, c’était un devoir de réfléchir sur la définition de  la politique à adopter à l’égard de l’un des trois pôles essentiels de notre politique étrangère, les deux autres étant les Etats Unis et l’Union Européenne. Je dois avouer que seul un candidat avait répondu et c’était madame Marie Antoinette Gauthier.

Après les élections du 9 août, j’avais produit un rappel des positions précédentes. Le pays a, plus tard, vécu les étranges comices du 25 octobre dont les outrageuses falsifications n’ont surpris personne, malgré les bravos répétés ici et là car leur seul mérite est qu’ils ont eu lieu. Mais les résultats annoncés avec un retard déshonorant en comparaison avec les expériences électorales déroulées le même jour en Afrique et en Amérique Latine ont exacerbé la crise, car ils ne correspondaient pas aux estimations les plus complaisantes égrenées par des observateurs nationaux et internationaux, ces derniers dans leurs rapports non publiés chez nous.

Aujourd’hui, je propose encore l’établissement d’un gouvernement provisoire d’autant que  l’idée elle-même a fait son chemin, qu’il  n’est plus iconoclaste de l’évoquer comme un sésame imaginaire, mais la  transition  s’impose comme une opportunité à saisir et à construire. D’ailleurs cette conviction est désormais partagée par différents secteurs de la vie nationale, même si des divergences demeurent quant à sa durée, sa composition et les limites réalistes de sa mission.

N’AYEZ PAS PEUR DE LA TRANSITION!

Elle représente la meilleure voie de sauvegarde de ce qui reste de notre patrimoine bicentenaire de dignité et de souveraineté. Ce n’est pas une formule de captation en douce du pouvoir, mais un mécanisme à construire de manière à remplir le vide qui va s’installer à partir du 7 février.   Il est invraisemblable que des élections déclarées impossibles à organiser le 17 janvier par le CEP aux ordres, mais miraculeusement réhabilitées pour le 24, se déroulent selon les prévisions annoncées et, au lieu d’une consultation normale, ce qui se prépare est un plébiscite avec la participation d’un seul candidat, ce qui sera une anomalie empreinte de bouffonnerie. Le RDNP  soutient tant la position du groupe des huit que celle du candidat Célestin.  Cette position n’est autre que celle du patriotisme et du courage. Il ne sera pas dit que M. Célestin est le Conzé du 21 nième siècle.

Entretemps, l’autre date agitée, le 11 janvier qui devait marquer l’ouverture de la 50ème Législature avec 14 sénateurs et 92 députés repêchés du désastre électoral risque de s’enliser car elle n’est pas un délai fatidique; elle a rarement été respectée dans un passé lointain et récent, enfin elle n’offre aucune garantie quant à sa capacité d’enraciner une rassurante continuité. Il faudra donc prévoir de combler le double vide, celui créé dès le départ des derniers parlementaires en janvier 2015 et l’autre qui s’agrandira avec la fin du mandat de Monsieur Martelly. Ce dernier portera la responsabilité de n’avoir pas organisé des élections pendant cinq ans ni non plus aplani les conditions de son départ; et c’est sans regret que nous attendons la fin de ce mandat usurpé, de cette administration kleptomane et inefficace, plongée dans la vulgarité la plus abjecte. Non, Monsieur Martelly, vous ne serez pas regretté et je vous conjure, au nom de ce pays que vous dites aimer, de ne pas céder aux douteuses tentations vengeresses de faire encore du mal avec ce qui vous reste de pouvoir crépusculaire.

Il convient de rassurer la nation par quelques éléments d’explication.


Ce Gouvernement provisoire ne devrait pas rester en fonction au-delà de deux ans. Il sera formé de citoyens venus de différents secteurs de la vie nationale. Son rôle ne sera pas de résoudre, en si peu de temps, les grands problèmes qui accablent le pays : pauvreté, chômage endémique, inégalités sociales qui rongent le tissu social et désespèrent les jeunes de toutes catégories, les femmes qui voient s’amenuiser les acquis de leurs luttes, en particulier la mise en œuvre du quota de 30% pour lequel elles se sont battues et qu’une simple volonté politique aurait permis d’amorcer, les paysans dont l’espérance  se limite à la perspective d’un périlleux exode vers les horizons caraïbes et maintenant brésiliens, les problèmes liés à l’inadéquation du service de santé, le délabrement des routes et des ports, la cessation de la production agricole et manufacturière qui limite l’approvisionnement local et l’exportation et, en conséquence, augmente la fragilité de notre devise. Toutes ces questions sont inscrites au programme d’un Gouvernement élu dont la transition aura pour tâche de préparer l’avènement. Il aura la responsabilité de jeter les bases d’un Etat soucieux de la mise en œuvre des politiques publiques réalistes et efficaces, de la poursuite avec ceux de la communauté internationale qui se disent encore nos amis, de relations fondées sur le respect mutuel et la recherche d’une convergence possible entre leurs intérêts et les nôtres.

Je réitère mon engagement et ma disponibilité à collaborer à la renaissance de la patrie commune.

Je demande aux sympathisants du RDNP en particulier et à la population en général de garder l’espoir, de ne pas participer à la mascarade qui s’annonce, de ne pas se faire complice de cet assassinat de notre jeune démocratie et de rester mobilisés pour barrer la route à ces impostures des 11 et 24 janvier prochain.

En ce début d’année, je postule que l’avenir sera ce que nous voulons qu’il soit. Il n’est pas trop tard pour souhaiter le meilleur que chacun secrète au fond de lui-même, à tous nos compatriotes d’ici et d’ailleurs, aux fidèles compagnons de route du RDNP, aux camarades du MOPOD et de la Résistance patriotique.

En ce huit  janvier 2016, An 1 de la renaissance du pays, Haiti vaincra!

Mirlande Manigat

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