Friday, April 15, 2016

De la commission d’évaluation :

Nous avions tiré la sonnette d’alarme très vite dans notre éditorial du 10 août 2015 alors que la communauté internationale et le gouvernement d’alors battaient la grosse caisse comme si tout s’était déroulé normalement. Nous écrivions alors : « Nous qui avions suivi de près ces dites élections, nous avons été sidérés de constater qu’en dépit de toutes les consultations électorales réalisées depuis 1987, nous ne parvenons toujours qu’à offrir ce spectacle lamentable d’élections que Justin Lhérisson n’aurait eu aucun mal à décrire tant les façons de faire n’ont pas évolué. Mauvaise organisation comme planifiée, désordre, violences, fraudes évidentes, le tout sur fond de mise à l’écart d’une population qui n’ose plus se mettre au travers des hordes des « baz » que se constituent les candidats disposant de moyens officiels ou non !

Malgré les déclarations rassurantes de la Police nationale, les caciques, à la capitale et surtout en province, ont pu déployer tous leurs talents et leurs connaissances des failles de l’État haïtien pour gagner des élections les plus haïtiennes qui soient. Il n’y a pas pire violence que celle d’utiliser la précarité dans laquelle vit un peuple pour l’entraîner dans de telles aventures qui ne peuvent que continuer à être préjudiciables à la nation » Le deuxième tour de ces élections qui trainaient tout ce déficit de confiance ne pouvait aboutir qu’à ce que nous avons connu et finalement le 7 février s’est passé en toute logique en fiasco avec un artifice qui n’a abouti qu’à sauvegarder les meubles et à l’élection au deuxième degré de Jocelerme Privert à la présidence.

Un camouflet pour ceux qui avaient planifié une élection akyon sèl kout kle et aussi une aubaine pour tout un tas de politiciens qui de toute manière n’auraient pas fait recette dans l’élection la plus honnête qui soit. La commission de vérification des élections du 9 août et du 25 octobre va certainement être constituée. Trop de secteurs le réclament et en toute logique il faut évaluer ce qui a été fait. Encore qu’on est sceptique sur la qualité et sur la valeur du matériel sur lequel cette commission va se pencher. Connaissant l’intelligence dans le mal dont nous faisons toujours preuve qui sait ce que cette commission va trouver ou ne pas trouver. De plus dans quelle mesure cette commission pourrait-elle travailler en toute indépendance alors que le pays semble de plus l’otage de deux groupes extrémistes qui ne s’affrontent pas sur le terrain des propositions pour sortir notre communauté de la crise, mais uniquement sur le terrain des intérêts économiques relativement grossiers qui ne sont que des monopoles juteux soient à conserver, soient à conquérir ?

Beaucoup s’attendent aussi à ce que cette commission enlève Jovenel Moïse de la course pour fraudes. La loi, la raison, peuvent arriver à servir des causes au fond douteuses. L’éthique, et nous tous, nous le savons, n’est pas le fort de nos politiciens. Il serait heureux pour la République que la vertu soit même un tout petit peu au menu de nos tables. Mais nous cultivons chez nous, et nos sociologues devraient se pencher dessus, une étrange manière de concevoir le bien et le mal. Tout ce qui est contre moi est mal. Tout ce qui m’avantage est bien. Le bien et le mal sont réduits à une simple question d’intérêt immédiat et personnel. On vilipende la fraude quand elle vous écarte, quand elle vous désavantage. 

Celui qui vilipende cette même fraude ne la refusera pas si elle se déploie en sa faveur. La démocratie, la vie dans une communauté humaine, ne se construisent pas sans éthique. C’est pour cela qu’on tourne en rond.

Par Gary Victor
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